Review of Loss [12k2037]

Ethereal (FR)

À côté de son travail en collaboration avec Taylor Deupree (au sujet duquel, au reste, nous avons omis d’évoquer la dernière manifestation en date, sortie il y a quelques semaines), Marcus Fischer poursuit sa carrière solo, mais sur un rythme nettement moins soutenu que d’autres musiciens opérant dans ce même registre ambient. En effet, Loss est son premier véritable album personnel depuis plus de cinq ans (si on met de côté un recueil d’enregistrements live), ce qui nous permet de l’aborder avec une certaine attente, raffermie par le très bon souvenir de ses précédentes publications.

Dans la droite ligne de ces dernières, l’États-unien s’est à nouveau plongé dans de vieilles bandes audio, retravaillées et ré-enregistrées et sur lesquelles il a greffé quelques notes perlées ou d’accord doucement grattés de guitare. Le résultat, partagé entre bribes sonores et fragments délicats, enthousiasme par sa luminosité et son harmonie, comme si le toucher de Fischer prenait un soin extrême à ne pas être trop sec, ni trop accroché, se coulant à merveille dans les replis des bandes ressuscitées (StrandWhile ou Home). Saisissants d’éclat et de vénusté, les sept morceaux de l’album constituent alors autant de réussites, dans un registre où le musicien parvient à se singulariser tout en restant dans une tradition certaine.

Alors qu’on se situe parfois à la limite de l’audible ou de l’infra-mince, la présence d’un instrument réel (guitare, donc, mais aussi piano à peine effleuré ou clavier électrique utilisé avec onctuosité) vient densifier le propos, rajoutant de la chair et du corps au matériau analogique de base. Dans le même temps, au diapason d’un visuel de pochette qui nous présente un bord de mer escarpé, Marcus Fischer sait aussi intégrer quelques sonorités qu’on croirait issues de l’extérieur et de la nature, comme ces craquèlements et froissements de Murmurations (bruit de pas sur les feuilles d’un sous-bois ? crépitements d’un feu de cheminée ?). Cette belle capacité à interroger l’imaginaire et à le faire vagabonder n’est donc pas la seule qualité d’un album totalement recommandable.

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