Gareth Dickson

Quite A Way Away

12k1070

REVIEW: CHRONIQUES ELECTRONIQUES (FR)

VISIT L'écossais Gareth Dickson est quand même un sacré poissard. A peine tombé raide dingue d'une belle argentine, il part rejoindre sa dulcinée dans ses terres fertiles. Là-bas, il se fera mordre par un chien, échappera par miracle à la mort suite à une fusillade, et comme si cela ne suffisait pas, l'avion dans lequel il était embarqué a failli se crasher après qu'un des moteurs se soit mis à flamber. verni le mec non ? La petite histoire (communiquée par le label) ne dit pas si la belle a préféré se tenir à distance de son courtisan malchanceux. Voilà pourquoi le beau Gareth n'a rien sorti d'inédit entre 2007 et 2010. Souvent comparé très justement à Nick Drake depuis ses débuts, Gareth Dickson fait de la folk mais signe finalement souvent ses albums chez des crémeries électroniques, ou plutôt électro-acoustiques. Comme son Solina Sea, paru sur le regretté Benbecula de Christ. en 2005. C'est cette fois-ci sur le 12k de Taylor Deupree qu'il vient faire gémir sa six cordes. Il est vrai que le label de Brooklyn s'éloigne de plus en plus des expérimentations complexes qui avaient fait sa renommée pour succomber à des sonorités plus apaisées et organiques. Voilà pourquoi les oeuvres de Gareth Dickson y ont plus que jamais leur place, s'inscrivant pleinement dans cette nouvelle trajectoire.

Vu ce que le bel écossais a traversé, on comprendra que son métaphorique songwriting se soit vu troublé par des sentiments qu'on qualifiera de légèrement paranoïaques. Le thème principal de ses lyrics évoque la déception amoureuse mais transmet un genre de spleen heureux et parfumé par les embruns. L'être aimé, ne fut-ce qu'un instant, ne laisse-t-il pas trace de son passage dans un éternel souvenir même quand il cède à d'autres cieux. A la seule pensée de ces instants uniques, vient parfois se former au coin des lèvres un sourire plus nostalgique que réellement triste. Les titres comme l'angoissé et presque fou "Get Together," le minimalisme lyrical du rafraîchissant "This Is The Kiss" ou le très parlant Jonah de clôture illustre particulièrement ce ressenti.

It's a big old sea, And you are cold and cowardly, Now you live from a memory...

Jamais on ne se prend à culpabiliser des déboires de Gareth. Ceux là sont tellement bien amenés. Rarement un truc aussi lo-fi n'aura semblé si propre et limpide. Car oui, l'écossais sait aussi taire sa peine orale, pour décliner ses gammes de cordes. Outre la technique (bluffante) de jeu très "piquée", le plus savoureux réside dans les différentes et très vintage méthodes d'enregistrement (tape recorder). Les titres "Quite A Way Away" et "Happy Easters" sont donc muets, mais dégagent des effluves preques ambient tant la démarche de spatialisation est forte. Les textures des cordes font preuve d'un joli contraste, déploie presque un dégradé chromatique chez les fous (bénis) qui voient des trucs que personne ne voit quand ils écoutent de la musique.

Gareth Dickson est aussi pertinent quand il se tait ou quand il pince, caresse et pique ses cordes comme des muses dociles et compréhensives. Ce qui charme encore plus, c'est ce côté si hésitant dans le chant, parfois à la limite de la justesse, face à ses chutes de cordes perlées. Le plus bel exemple, et le plus beau titre de l'album est d'ailleurs probablement le féerique Nunca Jamas, ôde à un pays imaginaire sans crainte et sans déception.

Parce qu'à Chroniques Electroniques, nous ne faisons que trop rarement l'apologie des guitares folk et des paroles, révélons une partie de celles de l'énigmatique "AdrenalinE" pour vous donner une idée un poil plus précise de la poésie triste et chaude de Dickson.

The room now awakes
We are in place
Pearls are a dull pale dud
Flames are an old cold fake
We lie here in wait


Gareth Dickson est un insatiable voyageur qui va régulièrement à la rencontre du public. Les chanceux résidents de la belle ville de Strasbourg pourront le voir gratuitement se produire en concert dans l'intimité d'un appartement le 22 mai au soir. Votre serviteur y sera. Pour les autres, il reste encore quelques exemplaires à acquérir chez 12k. Quelques cordes de finesse dans un monde de brutes.
Gareth Dickson
Quite A Way Away