Kane Ikin

Sublunar

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REVIEW: DISSOLVE (FR)

VISIT Une nuit couverte, dénuée d'étoiles, une lumière blême dessinant les coutours imprécis d'un nuage, des murs à la peinture écaillée, le vent qui souffle à travers des carreaux cassés, un vieux phonographe crachotant dans son coin, des livres entassés sous la poussière... autant d'images qu'évoque, au fil des écoutes, Sublunar, le premier album solo de Kane Ikin, par ailleurs moitié de Solo Andata, qui s'y livre à son goût pour les ambiances sourdes et mélancoliques. Délaissant volontairement la technique au profit de l'inspiration, Ikin joue avec le souffle des enregistrements, laisse flotter dans l'air des résonances, suscite des rythmes qui n'en sont pas vraiment et s'épuisent dans une bradycardie en manque d'air, enterre guitares, field recordings et soixante dix-huit tours sous une couche dense de souvenirs à demi oubliés, déjà dévorés par l'entropie de la mémoire. Comme tous les grands albums d'ambient, Sublunar ne se révèle pas directement, et sans doute même jamais totalement. Il faut l'approcher par la bande, sous un angle différent à chaque fois, se laisser distraire, puis happer, par une voix particulière, et la suivre sur son propre chemin, avant d'en rejoindre une autre. C'est ainsi, par cette navigation aléatoire, que s'apprécieront le mieux les paysages intérieurs ici convoqués, avec une telle indolente maitrise qu'on est pas prêt de les quitter.
Kane Ikin
Sublunar